NOS LECTURES
 
                                                                                                                                                                  
 
 
Rose Granit  Roman de Isabelle Huchet
 
1792, Jouvence Le Faoüen, acquise aux idées révolutionnaires, s'indigne : la répression, la misère ne s'arrêteront donc jamais ? Elle pourrait les ignorer, en vivant sous la protection de son tendre époux, sur leur île bretonne, mais son besoin de lutter contre toute forme d'injustice la pousse de plus en plus dangereusement à venir en aide aux réprouvés. A Tréguier, elle crée un orphelinat, cache un prêtre réfractaire... Jusqu'au jour où celui qui a besoin de son aide avoue appartenir au camp honni des royalistes. Leurs discours s'opposent et pourtant ils ont en commun des amis, un désir de paix, de liberté d'expression. Entre la révolutionnaire et le royaliste, mariés l'un et l'autre, naît un charme puissant auquel il leur est pourtant interdit de céder. Dans le somptueux et sauvage décor de la côte de Granit rose, les amours de Just et de Jouvence connaîtront de terribles épreuves, au goût de sel et de sang. Ils seront emportés par la Terreur qui brisa Tréguier, ville éminemment catholique, cernée de villages acquis à la Révolution. Dans ce roman haletant, établi sur de sérieuses bases historiques, Isabelle Huchet s'attache à des êtres malmenés par leurs contradictions. Qui croire, qui aimer, qui sauver ? Just et Jouvence ne sont pas des héros, mais, comme nous, de simples humains, écartelés entre leurs convictions et leurs sentiments.

A propos de l'auteur :
Isabelle Huchet dessine des décors et des costumes pour le théâtre. Après L'Etoffe d'une femme et Le Partage de l'amour, elle signe avec Rose granit son troisième roman. 
 
1792. La belle Jouvence révolutionnaire et porteuse d'idées novatrices est confrontée à un dilemme dans la bonne ville de Tréguier. Doit-elle défendre ses idées ou sa famille ?
D'emblée, le lecteur remarquera que les prénoms portés pas les personnages sont curieux, rappelons qu'avant la Révolution c'est les prénoms des saints qui étaient donnés à l'enfant lors du baptême. Les prénoms bretons n'existaient pas, sauf à les donner sous forme de surnoms. Alors que penser de Jouvence, Armel, Gaëlle et autres Maguelone qui parsèment le roman ? Tout comme les noms de famille qui donnent à réfléchir : le récit se passe en Trégor où l'on ne connaît pas la plupart des noms cités.
On se prend même à souhaiter que certaines orthographes soient exactes, ainsi le maire de Tréguier d'alors se nommait Duportal et non Duportail, cela aurait contribué à la crédibilité du récit.
Une autre erreur commise et la confusion entre Trégorrois, habitants du Trégor et Trécorrois habitants de Tréguier, on la trouve sans cesse dans l'ouvrage les habitants de Tréguier s'appellent les Trégorois de plus avec un seul R !
Il est plusieurs fois fait état de régiments cantonnés à Guingamp, Paimpol et la Roche-Bernard arrivant rapidement à Tréguier.
Entre la Roche-Bernard et Tréguier il y a 200 kilomètres : même au pas de course la distance est à couvrir ! Ne s'agissait-il pas plutôt de la Roche-Derrien qui pour le coup se trouve à seulement 6 kilomètres et possédait à l'époque une petite garnison ?
On peut même assister à un épisode où les chevaux traversent le Guindy à gué à l'époque du bac, la seule pensée des mètres de vases entassés là ôtent toute véracité à cette allégation.
Dernier point le port de Plouguiel s'est toujours appelé la Roche-Jaune.
 
Le récit s'emporte ensuite sur l'affaire Taupin, affaire célèbre à Tréguier, air de déjà vu, plusieurs livres ont été publiés ces dernières années sur le sujet, on n'y apprend rien de nouveau.
Et à la fin, l'honneur est sauf Jouvence découvre qu'elle a soutenu des mauvais hommes assoiffés de pouvoir, elle ne veut plus les servir.
 
Elle est prise à partie par tout le bataillon d'Etampes lorsqu'ils mettent à sac la Cathédrale : la belle femme est roulée dans la paille, chahutée, vilipendée mais les soudards sans leurs supérieurs ne portent pas atteinte à sa dignité, d'ailleurs ils n'y pensent pas, occupés qu'ils sont à tout casser, ils ne la touchent pas. Un scénariste de films série B refuserait un tel script ! Elle s'en sort avec toute sa vertu, tout au plus l'un d'entre eux se donnera du plaisir en contemplant... le feu !
Il est aussi curieusement précisé que sur 825 soldats dudit bataillon, 715 moururent d'une étrange maladie. Peu vraisemblable.
Ce roman est construit comme un récit qui se veut historique, il est malheureusement parsemé d'approximations et d'invraisemblances.

Même le titre est sujet à caution "Rose granit". La côte de granit rose commence à Trébeurden et se termine à Perros-Guirec donc bien plus loin que Tréguier.
A moins que le rose en question ne soit la couleur de l'eau dont font partie certains romans pour jeunes filles en fleurs.
                                                                              
Luc
 
Editions JC Lattès, 2009.
430 pages. 20 Euros.
                                                                                                                                                                  
 
 
Les Naufragés de l'île Tromelin Essai historique de Irène Frain
 
Un minuscule bloc de corail perdu dans l'océan Indien. Cerné par les déferlantes, harcelé par les ouragans. C'est là qu'échouent, en 1791, les rescapés du naufrage de l'Utile, un navire français qui transportait une cargaison clandestine d'esclaves.
Les Blancs de l'équipage et les Noirs de la cale vont devoir cohabiter, trouver de l'eau, de la nourriture, de quoi faire un feu, survivre.
Ensemble, ils construisent un bateau pour s'enfuir.
Faute de place, on n'embarque pas les esclaves, mais on jure solennellement de revenir les chercher.
Quinze ans plus tard, on retrouvera huit survivants : sept femmes et un bébé. Que s'est-il passé sur l'île ? A quel point cette histoire a-t-elle ébranlé les consciences ? Ému et révolté par ce drame, Condorcet entreprendre son combat pour l'abolition de l'esclavage.
Après Le Nabab, Devi et Au Royaume des Femmes, Irène Frain s'est plongée dans cette extraordinaire aventure et l'a restituée dans un roman vrai d'une bouleversante humanité.

 
Les îles ont toujours fait rêver le terrien que je suis. Le livre de Jean-Paul Kauffman sur les Kerguelen m'avait déjà durablement marqué.
Voici un bel ouvrage et une belle histoire celle des naufragés de l'île Tromelin.
Inutile de vous présenter Irène Frain. Auteur de best-sellers elle n'a certainement pas besoin de ma modeste contribution.
Mais quel beau livre, quelle belle aventure !
Basé sur des faits réels "Les naufragés de l'île Tromelin" nous emmène dans le monde de la Compagnie des Indes.
Très documenté et superbement écrit; le récit est captivant.
Tout au plus pourra-t-on s'étonner de quelques points :
- suite au naufrage il n'est nulle part fait état de la récupération et l'inhumation de la vingtaine de cadavres noyés.
- pourquoi les marins qui n'ont pas voulu travailler à la construction de la prame embarquent-ils au même titre que les autres ?
- la liste de tous les marins présents sur l'Utile aurait apporté en annexe encore plus de véracité au récit.
 
Un autre détail surprend : pourquoi seules quelques femmes ont-elles survécu sur l'île ? On a bien noté que les hommes ont tenté de monter leur propres embarcations et qu'ils ont péri.
Et l'on se prend à inventer une autre piste : si les marins naufragés avaient comme la nature n'aurait su leur empêcher eu des rapports avec les filles esclaves et voulu cacher les fruits de leurs coupables amours ? Et si la promesse faite de les récupérer n'avait été tenue qu'incidemment ? Et pourquoi à part quelques officiers dûment mandatés pour le faire, les témoignages des autres marins manquent-ils ?
Castellan est-il aussi intègre que le livre nous le laisse paraître ?
Enfin dernier point, Max Guérout qui semble un passage obligé car détenteur du savoir explique dans une longue postface ses expéditions à Tromelin, ces passages auraient pu être largement remplacés par quelques photos précises des points décrits.
Un ouvrage indispensable cet été, l'Homme qui tisse les histoires ne vous laissera pas insensible.
 
Surtout visitez le site du livre : http://www.lesnaufragesdeliletromelin.fr/ 
                                                                              
Luc
 
Editions Michel Lafont, Février 2009.
373 pages. 20 Euros.
                                                                                                                                                                  
 
 
Le bronze de Renan à Tréguier Essai historique de Loïc Thomas
 
Le 12 septembre 1903, une atmosphère d'insurrection envahissait la paisible ville de Tréguier. On inaugurait ce jour-là une statue à la mémoire d'un enfant du pays : Ernest Renan.

Pour les Trégorrois catholiques alors très majoritaires, honorer Renan c'était rappeler l'auteur de ce terrible livre La Vie de Jésus, raviver dans les mémoires le nom d'un apostat, d'un renégat, d'un impie…
Pour les républicains de Bretagne – et d'ailleurs, car l'événement retentit jusqu'en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Pologne et jusqu'aux Etats-Unis – c'était rendre hommage à l'illustre savant, au libérateur de la Pensée, à l'Apôtre de la Vérité…

En 1903, la politique anticléricale menée fermement par Emile Combes bat son plein. Et cet homme, discret mais énergique, viendra crânement apporter son soutien à cette manœuvre républicaine en terre cléricale. Sa présence ne fut pas étrangère aux tensions qui agitaient chaque camp.
On comprend donc pourquoi un climat de guerre civile régnait dans la cité épiscopale et pourquoi la troupe fut omniprésente, séparant les catholiques outragés des libres penseurs, des Bleus de Bretagne et autres “socios” qui voulaient, pour nombre d'entre eux, en découdre au pied du monument et de la cathédrale.

Mais il restait à dévoiler les comments de cette mémorable manifestation et les manœuvres de ses promoteurs :
Comment la municipalité a-t-elle fait accepter la statue et accorder l'emplacement face à l'édifice dédié à Saint Yves ? Comment les animateurs de cette périlleuse entreprise ont-ils muselé l'opposition catholique locale ? Comment les catholiques de Bretagne ont-ils manifesté leur opposition ? Comment les entrepreneurs de cette fête ont-il réussi à mobiliser des républicains bretons ?…
Quant aux promoteurs de cette inauguration, qui étaient-ils ? Des amis soucieux de rendre hommage à l'enfant du pays ? Des personnalités locales en quête de notoriété ? Des républicains opportunistes ? Des ambitieux ?…
L'étude minutieuse rapportée ici, après de patientes recherches menées dans des archives tant publiques que privées, répond à ces nombreuses questions restées, pour quelques unes, jusqu'à ce jour sans réponse. .
 
A Tréguier il y a deux mondes. Le religieux et le non-religieux. En perdant son évêché peu après la Révolution Tréguier a aussi perdu l'âme religieuse qui berçait la ville depuis la nuit des temps. De l'histoire de Tréguier il n'en est qu'une qui ait passé les siècles : celle de la Cathédrale, des congrégations, des catholiques. D'ailleurs à part l'essai de Guillou sur Tréguier, il n'existe pas à ma connaissance de publication qui ne traitre pas de la religion.
Le livre de Loïc Thomas contribue à une autre écriture de la cité Trégorroise et c'est son grand mérite. Certes, l'histoire qu'il traite se déroule en 1903 et dépeint avec objectivité les évènements survenus autour de l'inauguration de la statue de Renan.
 
Le livre est bien écrit, de cette écriture fluide à la rhétorique parfaite, l'écriture d'un universitaire. Pas un gros mot n'émaille le texte, alors qu'une mienne tante me racontant ces épisodes de la gloire passée de Tréguier n'osait plus 80 ans après répéter les mots que sa mère avait entendu.
 
Un regret toutefois, il existe de nombreuses photos et cartes postales de l'inauguration du bronze  et du Calvaire de Réparation. Il eût été riche pour le lecteur d'avoir quelques commentaires et légendes sur les cartes postales. Je me souviens notamment d'un prêtre couvert de boue tenu par deux autres clercs, il est écrit sur la carte "Un manifestant qui a trop bu..." alors qu'il semblerait que ce soit plutôt un blessé à la suite des nombreuses altercations qui ont rythmé ces journées. Une critique de la désinformation photographique aurait complété efficacement ce bel ouvrage nécessaire pour tous ceux qui ont de l'amour ou de la sympathie pour le Trégor.
                                                                              
Luc
 
Editions Anagrammes 2007 
232 pages. 22 euros.
                                                                                                                                                                  
 
 
Itinéraire de Paris à Kernascléden Ouvrage de André Le Ruyet
 
André le Ruyet n'a jamais eu les moyens d'aller à Jérusalem, un itinéraire qu'un autre breton a conté il y a longtemps. En revanche, de Paris, il est revenu à ses sources pourlettes pour se fixer à deux pas de Kernascléden, là où se dresse la flamboyante église héritée du temps des cathédrales, ciselée longuement comme un bijou précieux par des hommes de rocs. 
 
Né à Saint-Denis l'ouvrière, la « rouge », il ne renie rien de son aventure banlieusarde, une aventure qu'il conte en multiples anecdotes de la vie quotidienne, celle des gamins morveux et insolents qui se flanquaient des roustées dans les terrains vagues et à l'ombre des cheminées d'usines, celle de son clan migrant en Francilie. Pour découvrir un jour, effaré, qu'il était l'héritier prestigieux de deux cultures fantastiques, celle des titis à l'accent traînard, gavroches et poulbots indociles, et celle d'une Bretagne ancrée dans son histoire, belle et rebelle. Moineau des quais de Seine et mouette d'Armor. 
L'auteur narre son parcours avec parfois la rage, souvent avec l'humour, toujours avec la tendresse.
 
Trois fois. J'ai recommencé le premier chapitre trois fois. Et sans envie chaque fois de recommencer. Puis passé ce premier chapitre c'est un beau récit. C'est même un plaisir à lire. C'est en plus des moments vécus par l'auteur que tout exilé de Bretagne (ou d'ailleurs) à Paris (ou ailleurs) à forcément connu. La communauté, la présence chaleureuse des "pays" partageant les mêmes épreuves, les mêmes joies.
Itinéraire de Paris à Kernascléden ne laisse pas indifférent "Prix des Bretons de Paris 2006" le livre est un témoin de la vie des bretons franciliens dans les années 50.
 
Ecrit d'une patte fluide et incisive, le lecteur aimera les descriptions de ces lieux et gens simples. Quel régal de lire la page 80 : Puis venait le jardin coupé d'une allée centrale et séparé de la maison par un petit grillage. Il suffisait de pousser une petite porte faite de planchettes pour y pénétrer. Un hangar volumineux, couvert de toile goudronnée, mangeait à l'origine un bon tiers du terrain, une situation inacceptable pour mon jardinier de pèrequi décréta sa mort. Aussi, un beau dimanche, le clan (des bretons) débarqua au grand complet pour accomplir la sentence avec outils et manches retroussées, et le géant s'effrondra sans retour, dégageant un espace confortable pour de nouveaux carrés de légumes.
 
Et les descriptions sont à l'avenant non seulement précises mais aussi laissant l'imagination dessiner ce petit coin de bonheur dans lequel vivait André.
 
La dernière partie du livre est d'une autre facture et le lecteur se perdra en conjectures sur les métiers exercés par André, en fait ce n'est pas aussi clair.
Autre point, les amis bretons du petit André ne portent que des noms bas-bretons Le Maoût, Stanguennec, Scanvic, mais nous savons bien qu' il existe aussi en Bretagne des noms Gallo, aussi bretons que les autres. A Saint-Denis bien d'autres noms devaient être présents, mais la sonorité l'a emporté, notre ami André a voulu trop bien faire !
C'est un livre attachant et nécessaire, témoignage temporel de la grande migration vers la capitale. Bref : à lire et à faire connaître.                                                                               
Luc
 
Editions Manuscrits Ouverts 2006 
Itinéraire deParis à Kernascléden. André LE RUYET. 303 pages. 14,90 euros.
                                                                                                                                                                  
 
 
Duchesse de Bretagne, Duchesse de Savoie si proches de Léonard de Vinci Essai de Françoise Desrentes Rolland
 
Duchesse de Bretagne, Duchesse de Savoie Si proches de Léonard de Vinci.De nouvelles données extraordinaires par mes recherches en généalogie ! Ces rois et ces ducs si secrets...  sur le chemin de deux énigmes...
 
On a beaucoup écrit sur le tableau de Léonard de Vinci "La Joconde". Françoise Desrentes Rolland tente d'apporter un éclairage différent sur l'énigme de Mona Lisa.
 
Le livre est bien écrit même si le fait d'en être auteur, correcteur et auto-éditeur laisse passer des fautes d'orthographe et de syntaxe qui perturbent le lecteur, les redondants ocres-jaunes (existe-t-il un autre ton pour l'ocre), les chariots à quatre roues, les calèches n'appartenant pas à l'époque auraient pu être évités et donner au texte plus de véracité. D'autre part, un éditeur averti aurait probablement conseillé à l'auteur de rédiger une vraie conclusion.
 
Pour être honnête on se perd dès le début dans les méandres de la généalogie des Rolland, la période historique couverte s'étend des Croisades au XVIe siècle ceci dans la première centaine de pages ! En parcourant le deuxième chapitre on découvre pas moins de cent personnages différents.
Rajoutons à cela le parcours des différentes reliques, l'ascendance d'Anne de Bretagne, les cousinages et épousailles des rois de France successifs et la saga des Templiers...
 
Quelques invraisemblances parcourent le récit, ainsi Claudine de Brosse chemine de Chambéry à Cognac avec une seule halte sur 150 lieues ou 600 km !
 
Les références à la généalogie noble de nombreux personnages déroutent : " Claudine était occupée à penser à ce sang bleu, qui selon elle, lui donnait toute sa vivacité. Elle l'imaginait foncé ou marine, opaque, salé, piquant, iodé comme l'océan...mais parfois elle le voyait pâle et d'azur transparent et doux comme la couleur des cours d'eau Charentais..." Du sang blasonné en quelque sorte !
 
Les Rolland sont tous très gentils, sans doute ceux ayant participé aux Croisades n'ont-ils pas contribué au massacre des infidèles qu'il convenait de passer au fil de l'épée, effroyable génocide organisé avec la bénédiction des esprits bien pensants de l'époque. Ces Rolland que l'on retrouve partout, omniprésents, au hasard : en page 91 six fois le nom de Rolland est cité, en page 93 sept fois et le lecteur s'ennuiera lui aussi de l'oisiveté de ces nobles de province.
 
Maintenant évoquons le tableau de Léonard de Vinci, Françoise Desrentes Rolland nous promet  " De nouvelles données extraordinaires par mes recherches en généalogie !". Page 104 le secret nous est enfin livré : Louise de Savoie est Mona Lisa. Les preuves de sa présence auprès de Léonard de Vinci ?
François d'Avaugour : ... elle allait en Savoie et probablement dans le Piémont...
Jean Perréal : ... hélas, je n'ai aucune preuve de ce que j'avance...
Jean Perréal : ... Louise était sans doute au mariage de son frère Philibert...
Françoise d'Avaugour : ... Louise était certainement à Chambéry...
 
Au lecteur de juger. On regrettera vivement qu'un portrait de Louise de Savoie ne fasse pas le pendant du portrait de Mona Lisa dans le livre, cela aurait pu orienter le lecteur sur la piste défendue par l'auteur.
 
Concluons toutefois en reconnaissant à Françoise Desrentes un talent de généalogiste et de chercheur, les schémas généalogiques, les notes de fin de livre, les notices familiales sont autant de gages de sérieux et de travail. Malgré tout la petite histoire des villages de Pludual et de Pléhédel aurait apporté de la consistance au livre, les petites gens ont aussi contribué à l'écriture du passé.             
Un livre intéressant et à lire pour passionnés d'énigmes historiques et d'histoires familiales.
                                                                              
Luc
 
Editions Desrentes-Rolland 2008
Duchesse de Bretagne, Duchesse de Savoie Si proches de Léonard de Vinci. Françoise DESRENTES-ROLLAND. Disponible sur http://www.librairie-genealogique.com  204 pages. 20 euros.
 
                                                                                                                                                                  
 
 
Mon pigeon voyageur CD de Patrick Arduen
 
Une fois n’est pas coutume mais mériterait de l’être, c’est pour parler d’un CD que j’occupe l’espace critique d’une page : un CD de poésie musicale.

Mon pigeon voyageur est une superbe balade à travers la vie. Pas celle du pigeon, utilisé ici simplement comme messager et facteur du poète, mais celle de chacun d’entre nous en général et celle de Patrick Arduen en particulier, à travers ses textes souvent autobiographiques.

La qualité technique du disque est excellente, n’ayant rien à envier à ceux des « majors ». La prise de son est remarquable avec des effets stéréophoniques judicieux, permettant de placer une guitare sur un canal et un accordéon sur l’autre par exemple. Il est agréable de se laisser surprendre par le passage des percussions d’un côté à l’autre de l’espace sonore de la pièce et d’entendre, en intermèdes, des chuchotements de la nature.

La pochette et le livret sont eux aussi réussis et lisibles. Les textes sont disponibles  (heureusement !) et le numéro des morceaux s’inscrit sur la silhouette colorée du profil du pigeon.
 

Les 19 titres se répartissent en trois parties :


- L’envol (6 morceaux) : pour parler de l’enfance, des jeux de gamins, de l’état de la planète et de la préservation de la nature.
- Les amours (6 morceaux) : pour évoquer les temps forts des sentiments, des espoirs de conquête, de la vie d’un homme en quête de l’âme sœur.
- La destinée (7 morceaux) : pour définir un itinéraire humain dans un monde incertain. L’identité Bretonne y est affirmée, le souci du triste sort des opprimés est manifeste et la quête du paradis dont on ne sait pas s’il est virtuel ou en construction est largement abordé. Dans cette troisième partie, l’accompagnement musical est plus soutenu : nous découvrons un reggae (un des grands moments de l’album) et un morceau très Breton.

 
 
En conclusion, nous pouvons dire que ce disque de poésie musicale est une vraie bonne surprise. Il mérite d’être acheté (et non pas copié), par respect pour l’auteur et son travail et pour disposer de la pochette et du livret. Nous sommes loin des produits formatés de grande consommation et à durée de vie réduite, matraqués uniquement à des fins commerciales. Ce disque un petit bol d’air.           
                                                                             
Note de lecture de Patrice Perron
 
MON  PIGEON VOYAGEUR. Patrick ARDUEN. 19 plages. 72 mn. CDARDU 07.07.2007. Diffusion Coop Breizh et Editions GCBPV, 6 rue des écoles, 35600 Redon. 15 euros.
                                                                                                                                                                  
 
 
C'est où chez nous ? Essai de Nathalie M'Dela-Mounier et Carole Bohanne
 
C'est où chez nous ?
La semaine de Moussa. En sept jours, tout peut basculer. Privé de liberté en compagnie de ses parents et de sa petite sœur, il découvre un univers où les droits les plus élémentaires sont bafoués. Adieu l’école, les copains, la quiétude du foyer familial, l’insouciance enfantine : les rêves d’avenir vacillent. À travers les yeux d’un enfant, ici est posé le problème des centres de rétention et sont montrées des pratiques peu respectueuses de l’humain. Pour que s’ouvrent vos yeux, qu’écoutent nos cœurs, que sachent nos consciences.
 
La difficulté lorsqu'il s'agît d'une publication collective c'est précisément de savoir qui l'a réellement écrite. C'est sur cette question que l'on commence le livre. L'histoire se passe dans les environs de Saint-Brieuc, une famille est confrontée à une situation d'immigration illégale.
 
Le lecteur tente de comprendre au début qui est cette famille, quelle est son origine ? Et puis soudain cela n'a plus d'importance car ce pourrait être l'histoire de n'importe quelle famille issue de l'immigration ballottée de pays en pays, croyant avoir trouvé un hâvre de paix en France. Mais la réalité de la LOI les rattrape et c'est par le biais de Moussa que l'histoire est narrée. Ils sont "retenus" et l'enfant ne comprend pas pourquoi ils se trouvent enfermés dans un centre de rétention et on ne peut que vivre avec lui ces moments avec notre compréhension d'adulte. Et l'on se félicite que des âmes charitables s'occupent de ces pauvres gens.
 
De nombreuses abréviations parsèment l'ouvrage : Cimade, CRA, JLD, OFPRA, etc. Heureusement un lexique est fourni en fin de livre sur les abréviations des différents organismes intervenant dans ce domaine.
 
Malgré tout ces abréviations jurent dans le vocabulaire de l'enfant, c'est dommage, cela enlève de la crédibilité à sa vision.
 
Malgré le prix élevé - mais il semblerait qu'un partie ou la totalité des droits soient versés à la Cimade - c'est un livre à lire pour nous faire réfléchir plus humainement aux solutions mises en oeuvre pour lutter contre l'immigration. Si c'était l'objectif, il est atteint. C'est un ouvrage d'actualité qui ne laisse pas indifférent. Luc

Editions Les Oiseaux de Papier Collection L'Inacceptable 2007.
En vente en librairie ou sur le site http://www.les-oiseaux-de-papier.com  52 pages, illustrations. 7,50 €
                                                                                                                                                                  
 
 
Drames Bretons Histoire de Erwan Chartier
 
Plutôt qu’un livre d’Histoire, cet ouvrage se veut un livre d’histoires. Celles de grands criminels, de chefs de guerre, d’hérétiques, de brigandes ou de grandes catastrophes qui ont marqué leur époque et dont le souvenir survit parfois dans la mémoire populaire.
Cette vingtaine de récits – racontés dans un style journalistique – se veut une invitation à découvrir ou redécouvrir une Histoire de Bretagne bien mouvementée et trop souvent méconnue du grand public.
 
Quand j'étais gamin je lisais des livres de la collection "15 aventures..." 15 aventures de moto, 15 aventures de sous-marin, 15 aventures d'explorateurs.
Ce livre me fait penser à cette série, écrit sans fatigue puisque l'auteur cite les bibliographies où il a largement (complétement ?) puisé ses sources, pas de recherches aux archives, ni de document ou de fait nouveau, aucun apport personnel. Seulement des histoires connues et reconnues racontées  parfois pendant des siècles en embellissant ou en accablant des personnages.
Cela fait l'effet d'un chanteur qui éditerait un "best of" sans pour cela qu'il ait composé aucun morceau. Un livre traité à la Star'Ac, des morceaux de différents compositeurs arrangés sous un autre tempo en gardant les mêmes paroles.
 
Donc intérêt pas manifeste : les passionnés de l'histoire de la Bretagne n'y apprendront rien et les gens qui voudrait la découvrir par le biais de son passé se perdront entre autres dans les méandres des guerres de succession de Bretagne (plusieurs générations en quelques pages)
Oublions très vite la romance de Marion du Faouët et ses dessins aguicheurs, histoire à laquelle même les enfants ne voudraient plus croire et passons rapidement sur Hélène Jégado ou la Bretagne dans la seconde guerre mondiale. Tout au plus pourrions nous trouver un intérêt à la description du naufrage méconnu du Saint-Philibert en 1931, traité royalement en 4 pages ...

 
 
De plus, le livre est mal fini, il bénéficie d'une faute d'ortographe par page, pas de relecture sérieuse. J'ai pensé d'ailleurs qu'il s'agissait d'un pré-tirage, mais non.
Que l'auteur ne nous en veuille pas, mais à trop chercher les livres de compromis on finit par se compromettre... dans la banalité. Luc

Editions Edica 2003. En vente en librairie. 156 pages. 15 €
                                                                                                                                                                  
 
 
Villeport roman de Daniel Blanchard
 
La jeune fille se dresse sur la pointe des pieds pour observer notre assistance. Ses yeux semblent détailler chaque personne avec intérêt et finissent par se poser sur moi. Il y a un temps d'hésitation, puis elle s'avance à ma table d'un pas décidé. D'autorité, elle prend une chaise au passage et
s'installe en face de moi.
« Bonjour ! »
Sa voix est douce, mais l'intonation est un peu sèche… Son regard est étrange. Dans ces yeux clairs, d'un bleu pastel, je décèle une certaine inquiétude. Ne sachant comment me comporter, je lui réponds avec un large sourire.
« Vous prenez quelque chose ?
- On se dit « vous » maintenant ? »
 
C'est un curieux roman. Au départ j'ai failli décrocher. Tout était parfait, harmonieux, aseptisé. De la science-fiction. Puis en continuant j'ai enfin compris. Compris qu'il s'agissait d'un autre monde, celui que l'on rêve. Puis la rencontre sublime des deux femmes, l'épouse et l'autre : "Anne se lève et croise les bras en s'appuyant contre la vitre <Savez vous qui a écrit : tu voulais être admirée, jalousée, désirée, sans te soustraire un seul jour aux subtibilités de l'amour ?>  Sophie méfiante fais un signe négatif <Votre mari madame>".
Cette scène dans l'espace clôt de la chambre d'hôpital est formidablement décrite, d'ailleurs Daniel Blanchard a une belle plume, tout s'enchaîne, se précise et s'articule parfaitement. C'est un livre attachant finalement et on le laisse on regrettant que le vrai monde ne soit pas celui de Villeport. Mais ce serait un rêve.
 
Les Editions Les Ateliers de Porthos sont basées à Minihy-Tréguier (22) on regrettera toutefois qu'aucun contact ne soit possible à partir du livre. Luc

Editions Ateliers de Porthos 2007. En vente chez l'éditeur. 260 pages. 14 €
                                                                                                                                                                  
 
Le sang des Cent-Jours essai historique de Charles Doursenaud
 
     Pour ceux qui avaient pâti de la Révolution et de l'Empire, l'abdication de Napoléon à Fontainebleau en 1814 fut un moment de liesse. Leur allégresse fut de courte durée car, moins d'un an plus tard, Napoléon quittait l'île d'Elbe pour reconquérir la France. Stupeur et consternation s'abattirent alors dans le camp royaliste, surtout parmi ceux qui avaient profité de la Restauration pour assouvir de vieilles rancunes. « Le sang des Cent-Jours » s'attache à un événement oublié de ces années de turbulence : sous la direction d'un hobereau belliqueux et brouillon, quelques Trégorois se lancent dans la grande politique et, de Tréguier à Lannion, tentent de s'opposer à la conscription. Leur brève épopée sera sur tout marquée par l'assassinat du maire de Pommerit sur les berges du Jaudy : Jean–Marie Le Caër en savait–il trop ?...                     
 
Après "Deux têtes pour le bourreau" Charles Doursenaud nous livre cet essai historique sur "Le Sang des Cent-Jours". Il conviendra de préciser que le travail effectué est hors normes, quiconque a cherché aux archives connaît la difficulté de recouper les informations pour leur donner une cohérence objective dès lors qu'il s'agit d'en réaliser un livre.
 
Et là : Charles Doursenaud excelle, c'est une découverte enthousiaste et décrite avec soin de ce Trégor de la période post-Révolutionnaire. Sans être romancé le livre nous fait découvrir les personnages, l'auteur nous donne l'impression d'être présents juste derrière l'épaule des protagonistes. Et pour qui connaît la région l'on redécouvre avec passion les villages de Pommerit-Jaudy, du Minihy-Tréguier et bien d'autres !
 
Et quel délice d'entendre les phrases effrontées de ces Trégorois décidément toujours rebelles et médisants. Et le sous-préfet y va aussi de sa sentence : "Le maire de Plougonver se saoule ? Certes, on préférerait qu'il soit plus sobre. Mais si dans ce pays, on destituait tous les maires ivrognes, on changerait souvent ces administrateurs !" (page 49)
 
"Le Sang des Cent-Jours" est un ouvrage obligatoire et nécessaire pour également bien comprendre le comportement de nos ancêtres Trégorois. Passionnant et décrivant une réalité passée ce livre n'est pas comparable avec d'autres lectures plus ou moins accomplies sorties à la chaîne et mal ficelées par des éditeurs raisonnant d'abord en retour sur investissement...

Que l'on me pardonne ce jugement probablement peu objectif, je suis un inconditionnel de maître Charles.
Il n'apparaissait pas dans la liste des Ecrivains Bretons, c'est corrigé, voilà au moins une injustice réparée à l'instant. Luc
 
Editions Fou de Bassan, 2007, 17 € disponible sur alapage.com ou amazon.com
                                                                                                                                                                  
 
Mémoires livre de Edouard Quemper
 
     Né à l'île Grande un mois de Janvier 1925, Edouard Quemper s'engage très jeune dans la Résistance  et devient après la Libération l'un des principaux responsables du Parti Communiste Français dans le département des Côtes du Nord. Il est incontestablement devenu l'une des grands figures du Communisme dans le département.
 
Dans ce livre de souvenirs d'une vie militante conscarée aux autres alternent des chroniques, des réflexions, des anecdotes souvent savoureuses de celui qui est aussi chasseur, pêcheur et... pécheur.
                
220 pages sur toute une vie ou comment parler de soi sans jamais se mettre en avant et passionner le lecteur. C'est l'exercice de style auquel s'est confronté Edouard Quemper avec une certaine réussite. Bien sûr il est communiste pratiquant et croyant, on retrouve de nombreuses références sur son parti au fil des pages. Mais comment pourrait-il procéder autrement ? Son engagement a été sa vie ! Il l'avoue lui même : "J'ai eu de la chance très jeune de rencontrer un tel parti, sans lui je ne sais pas si ma vie aurait mérité d'être vécue" (cf. page 169). Un sacerdoce comme les prêtres qu'il a combattu !
Edouard Quemper nous livre un résumé agréable et qui ce lit bien. Certes quelques longueurs notamment politiques (détails sur le élections par exemple) font parfois languir le lecteur, mais il va de soi que pour les gens de son secteur géographique c'est de l'Histoire du pays.
Regrettera-t-on que la vie des habitants de l'île Grande au début des années 1930 ne nous soit pas contée plus dans le détail ? Certainement. Car la plume d'Edouard Quemper pourrait se teinter d'ethnologie et nous décrire le passé de nos grands parents qu'il a si bien connu.
 
Philosophe et observateur, homme de bon sens ("Francis Macé n'était pas instruit mais il était intelligent, on peut ne pas être instruit mais être intelligent . Le contraire est vrai aussi..." page 190)
 
On pourra comme moi ne pas aimer la période trouble de la seconde guerre mondiale, en tous cas Edouard Quemper aura réussi à m'intéresser au moins aux événements dans ma région. Donc un livre à lire pour qui aime la politique mais aussi la vie de cet homme de valeur(s). Luc
 
Pas de référence Editoriale. En vente chez l'auteur.
                                                                                                                                                                  
 
Chronique brouillonne d'une gloire passagère essai de Jean Kergrist
 
Qui n'a croisé un jour, en Bretagne ou ailleurs, le clown atomique, le clown agricole, le conteur de Saint-Lubin ou des bagnards de Glomel ?
Près d'un demi-siècle que Kergrist, l'inventeur de la "gavotte du cochon", nous fait rire ! Pourquoi a-t-il enlevé son nez rouge ? Pourquoi a-t-il quitté la scène ?
Il nous livre ici ses enthousiasmes et ses colères, ses blessures et ses secrets. Il démonte aussi au passage quelques rouages de la machine à créer les larbins car, pour Kergrist, "l'art naît de la résistance" (André Gide).
Ces dizaines d'années d'un parcours atypique appartiennent à l"histoire de la Bretagne. En lisant ces pages, beaucoup y trouveront leurs propres repères.
 
C'est une photo en noir et blanc qui date de la fin des années 70. Il fait beau. En bas à droite on distingue bien la lande bretonne. En arrière-plan de la photo on discerne des photographes, ils tiennent bien en main leur matériel mais ils semblent rire, ce n'est pas adapté le rire pour un photographe. Sur la gauche il y a un camion militaire qui n'est pas dans son paysage, que fait-il sur notre lande ?  De plus, au droit dudit camion il y a une dizaine d'hommes, des soldats ? Non plutôt des policiers, sans doute des gardes mobiles au vu de la grenade visible sur leurs casques. Car ils sont casqués, ils sont mêmes équipés, treillis, lunettes, masques anti lacrymogènes. Le premier gendarme est immobile, les bras croisés, défiant. Derrière lui c'est plus décontracté, un de ses collègues a même les mains sur les hanches. Ils observent et doivent se sentir décalés, voire même déplacés... Car juste en face d'eux il y a quelqu'un d'étrange, oui c'est cela, étrange. L'homme est aussi en uniforme : casque mais qui ressemble à s'y méprendre à un saladier retourné. Curieux. Et il est vêtu d'un uniforme plus seyant à un épouvantail qu'à un membres des forces de l'ordre. Il a aussi un poignard d'enfant en bois à la ceinture et puis c'est surprenant un nez rouge sur sa face hilare. C'est le clown Kergrist, le clown atomique.  Je me suis attardé sur cette photo présente au milieu du livre car elle résume bien qui est Kergrist.
 
Pourtant avec Jean Kergrist notre histoire a mal commencé. Il était adhérent à l'AEB depuis longtemps et son nom n'apparaissait ni dans la liste des auteurs de l'Asso, ni dans la liste des auteurs Bretons tout court. Alors il n'était pas content début 2008 : "si l'on veut m'enterrer vivant, qu'on me le dise..."
Mais les choses se sont arrangées rapidement et maintenant nous sommes amis, d'ailleurs Jean m'a fait envoyer son ouvrage par Keltia-Graphics son éditeur.
Alors justement parlons-en de ce livre.
C'est un livre particulier parce qu'il décrit toute une vie de militantisme et de bravades. Clown atomique, clown agricole, clown d'orgueil.
Et modeste avec ça " J'ai certes bien connu tous les uns tels dont je vous parle, mais je ne suis pas dupe au point de croire qu'eux se souviennent encore de moi." (p33). Il reconnaît lui même combien son personnage peut être agaçant : "Devenir emmerdeur ne s'improvise pas." (p21)
Et comment donner un avis sur le style du livre quand Jean écrit lui-même : "Les mines d'uranium ? Le fil sans queue ni tête de ces chroniques brouillonnes m'invite à y faire plus longue halte." (p111)
On regrettera cependant un style télégraphique et un texte émaillé de nombreuses fautes d'orthographe, une relecture supplémentaire n'eût pas été un luxe !
On se perd aussi dans tous les mouvements, associations et mouvances où notre Jean Kergrist a milité.
On se dit qu'un personnage qui soutient des mouvements aussi divers que l'écologie, la sauvegarde de la langue bretonne, le respect des cultures ne peut être foncièrement mauvais. Mais le plus beau c'est qu'il y croit encore.
Et pour terminer je ne peux m'empêcher de citer une phrase que je considère comme la plus belle du livre, hommage au canal de Nantes à Brest : "Cette flèche séculaire plantée au coeur de la Bretagne pour lui dire "je t'aime". Mon oasis d'enfance. Ma trouée vers la mer. La brèche par où nous parviennent, avec les mouettes, les senteurs d'océan mêlées aux odeurs d'ajoncs des monts d'Arrée." (p163)
Je n'ai plus rien à dire. Luc

 
Editions Keltic-Graphic 2008. En vente sur Amazon. 175 pages. 15 €
                                                                                                                                                                  
 
La Peau des Fesses roman de Jean Destrée
 
Léon Roudot, retraité de l’enseignement, vit retiré dans sa résidence secondaire de Locquirec, en Bretagne. Grand érudit, il écrit des ouvrages de bonne facture qui ne trouvent pas d’éditeur. Son épouse, Maryvonne, continue de vivre à Saint- Denis, en région parisienne, avec leurs deux enfants, Goulven, qui « michetonne » à Montparnasse, et Morgane, 17 ans, lycéenne, très jolie et nymphomane. L’éclatement de la famille coûte la peau des fesses à Léon Roudot, d’autant plus qu’il a une maîtresse, Athina, jeune peintre d’origine grecque, et que Maryvonne entretient Blaise, un jeune poète… Morgane tient à jour, depuis l’âge de quatorze ans, le « journal intime » de ses aventures amoureuses. Le hasard lui fait rencontrer un journaliste de retour d’Irak, Cédric Inizan, dans le TGV. Une idylle se noue. Cédric lui fait connaître un petit éditeur qui accepte de publier son « journal ». Un coup médiatique intelligemment conçu fera de l’ouvrage un «  best seller ». Grâce à la célébrité soudaine de Morgane, la famille Roudot connaîtra enfin l’opulence. Mais on ne se ruine jamais davantage que lorsqu’on a beaucoup de fortune.
 
Né le 9 Février 1930 à Saint- Quentin ( Aisne ) – Père picard. Famille de cheminots. - Mère issue d’une famille de paysans du Trégor,  émigrée en région parisienne à la fin du dix - neuvième siècle.        
Ancien élève du CFJ ( Centre de Formation des journalistes). Licence et maîtrise de Droit Public. Ancien journaliste et ancien directeur de journal local. Veuf. Quatre enfants. Il a quitté la région parisienne en 1974 pour retrouver ses racines bretonnes… En Bretagne, ancien commerçant forain, ancien hôtelier- restaurateur… En retraite, il consacre son temps à l’écriture.
                
Dès les première pages on retrouve le style de Jean Destrée, c'est à Locquirec que la scène se passe. Léon Roudot écrivain élitiste attend toujours l'éditeur qui publiera son livre sur les Grecs. C'est alors que survient dans sa vie sa fille Morgane et avec elle l'accélération est impressionnante, la fille n'a pas froid aux yeux et Destrée entraîne le lecteur dans des scènes d'amour (mais pas d'eau fraîche) décrites avec talent. Cela risque même de donner à penser aux âmes sensibles et probablement d'en émoustiller d'autres.
Malgré ses 17 printemps (18 d'emblée eût été plus convenable) la gamine est une experte en diversité et en perversité. Les descriptions sont... précises et ne sont pas racontables sur un site grand public. Et Jean Destrée s'en donne à coeur joie, il ne respecte rien aucun milieu social, aucun âge (les jumelles sont nubiles), aucune religion, les juifs, les chrétiens et les musulmans (je ne me souviens pas avoir vu de boudhistes) sont mis à contribution, participent à tous les tourments imaginés par Morgane. 
Dans la période actuelle d'intolérance religieuse c'est un tantinet risqué de la part de l'auteur, mais c'est aussi certainement voulu. L'histoire est fluide et se lit bien, le style descriptif est à la Destrée : Cédric. Blond. Visage carré. Front légèrement dégarni. Yeux noirs. On retrouve cette manière de présenter tous les personnages le lecteur appréciera ou non. Jean Destrée profite avec raison de son ouvrage pour donner son opinion qui n'est pas inintéressante : "La juge ! La professeure ! La docteure ! La maire ! On confond sexe et fonction. A quoi cela rime-t-il ?"
Reconnaissons à Jean Destrée une réussite d'écriture dans le genre d'Esparbec, traitement délicat. Gageons que ce sera un succès en librairie, la peau dès lors qu'elle traite de celle des fesses à toujours de l'avenir et le récit est bien enlevé. Luc
 
Editions Le Cormoran. En vente sur Amazon. 200 pages. 18 €
                                                                                                                                                                  
 
La marée noire de l'Amoco Cadiz ouvrage de Henri Guéguen
 
     Le 16 mars 1973, le super-pétrolier Amoco Cadiz s'échoue sur la côte nord de la Bretagne. 220.000 tonnes de pétrole se déversent, dont une partie gagne le rivage.
 
Des plans de secours inadaptés, des dégâts chiffrés à plus d'un milliard de francs, un procès mi-gagné, mi-perdu contre Amoco, société symbole de l'actuelle mondialisation. Cette marée noire reste, jusqu'à ce jour, l'une des plus grandes catastrophes écologiques.
 
Elle a heureusement contribué à faire adopter de nouvelles réglementations, Elle a aussi provoqué une évolution considérable des tribunaux envers les pollueurs. C'est dire sa portée internationale.
Mais en Bretagne,comme ailleurs, les risques d'accidents graves sur le littoral sont loin d'avoir disparu.
Cet ouvrage retrace en détail le naufrage du pétrolier et ses conséquences.
                  
 
Plus de 30 ans après des cicatrices de la catastrophe pétrolière restent visibles sur nos côtes. Ce livre a le mérite de nous rappeler la situation que tous les riverains du littoral vécurent à l'époque. On est subjugué par le peu de moyens disponibles, l'impréparation, l'amateurisme.

Heureusement les petites mains sont intervenues : habitants, agriculteurs, marins-pêcheurs.  On sent bien dans les propos de l'auteur que les autorités étaient pétrifiées par l'ampleur du désastre, c'est seulement vers la fin de la crise que l'armée et la marine ont réussi a être efficaces.
Le témoignage du maire de Penvénan est accablant, les pauvres rochers du Port-Blanc recouverts de mazout ont dû hanter bien de ses nuits et bien des nuits aussi des habitants, proches et même touristes.
Et puis un chiffre qui à lui seul peut nous faire craindre que cela pourrait recommencer en pire malgré le rail d'Ouessant, les remorqueurs et autres procédures : pour l'Amoco malgré les terribles images que nous en conservons, c'est seulement 10 % du pétrole qui est venu à la côte. Je vous laisse imaginer les super-tankers aux mains d'équipages exotiques qui croisent journellement nos rivages.
 
Le livre est fort bien documenté, une enquête à froid sérieuse et globale, écrite dans un style technique et un tantinet télégraphiste. Peut-être eût-il été intéressant de savoir quel traitement a subi l'épave et ce qu'elle est devenue. A conseiller donc. Luc
 
Editions CMD , Questions de Mémoire , 1999, 10,51 € disponible sur alapage.com
                                                                                                                                                                  
Migrateurs roman de Marylinn Maurage
 
L'immigration au fond, ce n'est qu'un regard plus utilitaire sur le monde c'est tout.
 
Voilà désormais le credo de Vadim lorsqu'il pose le pied sur le sol français. Russe et passager clandestin d'un cargo, il est l'un de ces nombreux candidats au mythique statut de réfugié débarquant non pas d'un port de cette Europe du sud si sollicitée mais sur un quai de Bretagne.  De son passé moscovite qu'il abandonne sans regret, il entend conserver un solide pragmatisme et faire feu de tout bois.
Mais le granit armoricain, peu inflammable, lui réserve des surprises souvent... troublantes.
Malgré l'incongruité des situations auxquelles il est confronté, les problèmes liés à la condition de "sans papiers" sont eux parfaitement réels : le Slave est-il soluble dans le Celte ?
 
Vadim jeune Géorgien en situation irrégulière échoue en Bretagne prêt à se faire adopter : « même par une moche ». Ce n'est pas le cas de Meilen plutôt jolie et très active : théâtre, commerce bio, un peu écolo ...
La difficulté principale étant que Meil n’aime pas les garçons. Vadim pourtant affecté d’un érotisme débordant va contenir ses ardeurs pour se faire héberger par la jeune Bretonne. Il s’en suivra de nombreuses aventures cocasses et véridiques – comme cette ambiance de fest-noz moderne que nous nous avons tous l’impression d’avoir vécu au moins une fois – écrits par une plume vive et intelligente.
Les errances et errements du couple qui deviendra rapidement trio sont décrits avec les détails qui en font un récit authentique peut-être même vécu au moins par bribes.
Marylinn Maurage inconnue jusqu’à ce premier ouvrage nous livre une histoire d’actualité passionnante et tellement plausible. Luc.  
 
Editions L'Arganier , FACÉTIES , 15/08/2006, 19 € disponible sur alapage.com